Le reflet du temps

Rouge à lèvres ou pas de rouge à lèvres ? Maja se regarda dans le miroir, passa une main dans ses longs cheveux blonds. Elle se préparait avec fébrilité depuis plus de deux heures.

Cela faisait dix ans qu’elle ne l’avait plus vu. Qu’elle ne les avait plus vus, se corrigea-t-elle. Elle était impatiente de les retrouver. Tous. Tous, oui, mais Rami plus que les autres.

Rouge à lèvres. Elle se rappelait qu’il aimait lorsqu’elle en portait. Elle l’appliqua d’un geste léger. Et s’ils s’embrassaient ? Peut être ferait-elle mieux de ne pas en mettre ? Elle retint un gloussement et se gronda intérieurement. Elle n’était plus une adolescente ! Elle avait presque trente ans. Il ne se passerait sûrement rien, de toute façon.

Elle prit un coton, l’imbiba de démaquillant et enleva le rouge à lèvres. On ne sait jamais, pensa-t-elle. Il serait toujours temps d’en mettre plus tard si jamais elle changeait d’avis. Elle glissa le tube dans son sac, prit son téléphone et vit qu’il était presque l’heure. Elle parcourut les derniers messages de leur conversation de groupe. Trudy était en avance. Pas de surprise. Ben serait en retard. Encore moins surprenant. Liz avait arrêté de donner des signes de vie. Elle serait bien capable de ne pas y aller.

Maja jeta un dernier regard dans son miroir et souffla un grand coup. Tout se passerait bien. Elle attrapa ses clefs, sortit de sa petite chambre de bonne, descendit les sept étages d’un pas bondissant et poussa la porte cochère qui donnait sur une rue piétonne. Lorsqu’elle était petite, c’était exactement ainsi qu’elle avait imaginé Paris : des immeubles en pierres claires, des rues pavées et cette énergie, cette agitation constante. Paris avait été son rêve de toujours, rêve alimenté par les histoires que sa grand-mère lui avait racontées pendant son enfance.

Sa babcia avait des souvenirs pleins la tête de son séjour dans cette capitale cosmopolite, de ce jeune français qui lui avait fait tourner la tête, des rues arpentées, des centaines de cafés en terrasse, des soirées passées à danser, libre comme le vent, légère comme un soupir. Elle connaissait une centaine d’anecdotes parfois croustillantes, souvent hilarantes, toujours teintées de nostalgie. Maja avait été sa plus fervente admiratrice. Elle ne se lassait jamais d’entendre ces histoires mille fois répétées, ces moments de vie si souvent revisités.

Elle avait tiré sa révérence un beau jour de printemps, emportée trop tôt par son cœur fragile. Maja se souvenait encore du vide, du silence. Malgré le temps, Maja n’était jamais vraiment parvenue à en oublier l’écho, seulement à l’étouffer.

Elle s’était lancée dans l’étude du français avec un dévouement qui avait frôlé l’obsession, puis était entrée à l’université de lettres. Dès qu’elle en avait eu l’occasion, elle avait envoyé son dossier pour étudier à la Sorbonne et lorsqu’elle avait reçu la lettre d’acceptation, elle avait pleuré. Elle avait pleuré à gros sanglots, comme une enfant, comme elle ne l’avait pas fait depuis des années. Elle avait pleuré de voir un rêve se réaliser, elle avait pleuré sa grand-mère, sa babcia, qui aurait été si fière, qu’elle aurait tant aimé avoir à ses côtés pour le lui annoncer.

Arrivée au métro, elle retint sa respiration pour traverser le souterrain qui sentait l’urine, puis comme chaque jour, donna une pièce à la femme agenouillée dans un coin. Elle accéléra le pas en entendant le métro arriver et réussit à se glisser entre les portes alors qu’elles se fermaient. Assise sur un strapontin dans le wagon bringuebalant, ses pensées la ramenèrent vers la même personne, encore et encore.

Rami.

Qu’était-il devenu ? Aurait-il changé ? Bien sûr. Ils avaient tous changé. Tous mûri.

Elle se rappelait encore de la première fois qu’elle l’avait rencontré. Elle était arrivée dans l’amphithéâtre avec trente minutes d’avance grâce à Trudy, qui avait toujours peur d’être en retard et qui avait tant insisté ce jour-là pour qu’elles se dépêchent. A peine étaient-elles entrées que Trudy l’avait entraînée vers un groupe de jeunes qui vivaient dans la même résidence qu’elle. Maja avait vite compris que toute cette presse avait surtout été liée à la présence de Luce, avec qui Trudy avait fini par se marier.

Dans ce groupe, en plus de Luce, s’était trouvé Rami. Maja l’avait tout de suite trouvé charmant avec ses lunettes, ses cheveux ondulés, sa barbe fournie mais bien coupée, ses vêtements toujours impeccables. Elle s’était assise à côté de lui et il l’avait aussitôt entraînée dans une conversation sur l’influence d’un poète dont elle n’avait jamais entendu parler dans l’œuvre de Victor Hugo, son auteur préféré. S’en était suivi un long débat, qu’ils avaient continué après le cours autour d’un café. Le sujet devint vite un prétexte pour sortir boire un verre le soir suivant, prolonger la sortie par une promenade le long de la Seine, qui les mena jusqu’au jardin des Tuileries, fermé pour la nuit, idéalement déserté.

Les mois qui avaient suivi avaient été parmi les plus heureux de sa vie. Maja avait été ivre d’amour et de bonheur, grisée par l’intensité de cette relation, des amitiés qu’elle avait été en train de lier, par l’insouciance et la légèreté d’une vie sans préoccupation aucune.

A la fin de son séjour, Maja avait décidé que ce sentiment, elle ne souhaitait jamais le perdre et ne voulait pas le voir devenir un souvenir qu’elle raconterait à son tour à ses petits enfants. Non. Sa babcia avait eu le souci de la guerre, pas elle. Et Maja le savait, si elle avait eu le choix, elle serait restée dans cette ville qui lui avait tant fait battre le cœur.

Elle était retournée en Pologne par nécessité pour terminer ses études, puis avait cherché de manière frénétique un travail à Paris. Elle avait fini par trouver un poste dans une petite entreprise de communication. Elle avait été prévenue que les heures seraient longues et le salaire loin d’être à la hauteur, mais à l’époque, Maja n’en avait que faire. Tout ce qu’elle avait voulu avait été de retourner à Paris, retrouver la douce ivresse de vivre intensément.

Maja descendit à la station Place Monge. Cela faisait bien longtemps qu’elle n’était plus venue dans ce quartier. Ils s’étaient donné rendez-vous dans le bar qu’ils avaient fréquenté de manière assidue toutes ces années auparavant. En le voyant au détour d’une rue, Maja eut un pincement au cœur. Revenir à un endroit où elle avait tant de souvenirs lui fit ressentir le poids du temps passé.

Trudy était déjà là avec Luce. Maja fondit sur elles. Quelques minutes plus tard, Hervé arriva, puis Ben, surpris d’être presque à l’heure. Bientôt, ils furent une dizaine réunis autour de la table, à inonder le bar de leur bonheur de se revoir et de leurs réminiscences.

– Et Rami ? lui demanda Ben.

Comment Maja pouvait-elle savoir où il était ? Au début, juste après qu’ils se soient séparés, ils s’étaient envoyé de longs mails presque toutes les semaines pour se raconter leurs vies, leurs projets, leurs doutes. Puis, petit à petit, les nouvelles étaient devenues mensuelles, puis annuelles, puis avaient cessé. Maja lui avait écrit l’année précédente, après la fin d’une relation qui lui avait brisé le cœur, mais il n’avait jamais répondu.

Maja haussa les épaules en réponse à la question de Ben, puis rit plus fort que nécessaire à une plaisanterie de Trudy, comme pour signifier que cela ne lui importait pas tant, comme pour effacer le fait qu’elle n’avait cessé de jeter des coups d’œil en direction de la porte. Elle espérait qu’il entrerait au moment où elle serait au milieu d’un éclat de rire. Elle pouvait imaginer leurs regards se croiser, son sourire.

Elle aurait dû mettre du rouge à lèvres. Elle s’excusa, emprunta l’étroit escalier qui descendait en colimaçon jusqu’à un sous-sol au plafond inégal et se regarda d’un œil critique dans le miroir tacheté par l’humidité. Maja n’avait jamais vraiment perdu l’espoir qu’un jour, ils seraient à nouveau ensemble. Ils s’étaient séparés à la fin de leur séjour non pas parce qu’ils ne s’aimaient plus, mais bien parce qu’ils étaient peut être trop jeunes, trop pétris par le besoin d’immédiat, de proximité. Elle allait retourner en Pologne, lui au Liban. La famille de Maja si catholique, si traditionnelle n’aurait pas approuvé leur relation. Lui devait reprendre l’entreprise familiale. Elle n’avait eu aucune envie de s’installer ailleurs qu’à Paris.

Le choix avait été pragmatique, rationnel. Ils en avaient longuement discuté. Elle se rappelait encore de ces nuits, allongés l’un à côté de l’autre, la lumière de la ville filtrant par le velux pour les couvrir d’ombres. Ils s’étaient tenu la main, comme si cela pourrait suffire à ce que la vie ne les sépare pas. Ils avaient pleuré la fin d’une époque. Ils avaient échangé des baisers brûlants. Maja avait bu son image jusqu’à ce qu’elle soit imprégnée derrière ses yeux. Le temps avait pourtant cette triste qualité de gommer ce qui avait été pour le remplacer par un reflet doucement déformé. Les détails de ce visage bien aimé étaient aujourd’hui plus une sensation qu’une réelle image.

Maja sortit son tube de rouge à lèvres et en appliqua. Les autres allaient se moquer. Ils sauraient qu’elle était descendue se faire belle pour Rami. Surtout Trudy. Elle avait toujours su lire en elle comme si elle avait été un livre ouvert. Maja prit du papier, l’humidifia et se frotta la bouche. Elle ne parvint pas à tout faire partir et finit par abandonner.

Elle grimpa les marches et s’arrêta net en haut de l’escalier. Rami était arrivé. Il était assis à la place qu’elle avait occupée. Il avait vieilli. Même à cette distance, elle pouvait voir qu’il semblait fatigué, que se barbe était moins bien taillée. Son cœur manqua un battement alors qu’elle revenait vers la table. Elle se força à ne pas le fixer, mais guetta chacun de ses mouvements du coin de l’œil.

– Maja ! Tu savais, toi ? se récria Trudy.

Rami lui adressa un sourire et ses yeux prirent cette teinte toute particulière que l’on réservait à des amis plus vus depuis longtemps.

– Savait quoi ?

– Que Rami était marié ! Et qu’il était papa ! Il a trois enfants !

Maja fit de son mieux pour paraître sincère lorsqu’elle lui dit combien elle était heureuse pour lui. Elle fut reconnaissante à Trudy, qui trouvait scandaleux de ne pas avoir été invitée au mariage, de n’avoir même pas reçu un faire-part de naissance et le faisait savoir de manière volubile. Cela lui laissa le temps de remettre de l’ordre dans ses pensées, de se maudire d’être si naïve. Jamais l’idée qu’il puisse être marié ne lui avait traversé l’esprit, encore moins qu’il puisse avoir des enfants. Lorsque son imagination trop fertile lui avait montré des retrouvailles aux élans de conte de fée, elle s’était refroidie les idées en se disant qu’il était sûrement en couple, bien installé dans une relation durable et heureuse, comme elle-même l’avait été jusqu’à l’année précédente.

Luce lui posa une question sur son travail et Maja revint au moment présent avec un enthousiasme qui frôla l’hystérie. Elle avait changé de boîte peu de temps auparavant et son poste remplissait tous les critères qu’elle avait crus nécessaires à son épanouissement professionnel : une start-up de créatifs stylés et talentueux, des bureaux partagés avec d’autres jeunes entrepreneurs où ils passaient des soirées autour d’une pompe à bière à refaire le monde et à imaginer dix milles projets. Maja vit que Rami écoutait sa réponse, aussi laissa-t-elle de côté le fait qu’elle était soumise à une telle pression qu’elle ne dormait plus la nuit sans avaler un somnifère, qu’elle ne s’était fait aucun véritable ami et que son statut lui accordait si peu de jours de congé qu’elle ne savait pas quand elle pourrait retourner en Pologne pour rendre visite à sa famille.

– C’est bon de savoir que ta carrière est si bien lancée, je sais que c’était important pour toi, dit Rami avec ce même sourire un peu triste.

– Et toi ? Le business de ton père ?

Plus ils parlèrent, plus Maja prit conscience des années qui les avaient séparés. Il était toujours Rami, toujours prompt à lancer un débat sur l’économie, la politique, la littérature bien sûr. Leurs vies étaient pourtant si différentes. Ils avaient cessé depuis si longtemps de suivre la même route qu’au fur et à mesure de la conversation, le fossé se transforma en gouffre.

Pire encore, pensa Maja, c’était ce regard, ce sourire rehaussé de douceur. Rami était passé à autre chose. Il avait tourné la page sur ces mois d’insouciance bienheureuse. Il avait laissé là où il appartenait le souvenir de cet amour : dans le passé. Etre confrontée à cette idée lui brisa le cœur une deuxième fois. Elle n’avait jamais cessé de s’enivrer du souvenir de baisers échangés, de moments partagés où d’insignifiants détails prenaient soudain une importance toute particulière. Elle s’était si souvent laissée aller à la valse des possibles, des « et si nous ne nous étions pas séparés », « et si je le revoyais ». Pendant ce temps là, lui s’était marié, avait construit une famille.

Ils se dirent tous au revoir quelques heures plus tard. En arrivant, Maja avait espéré qu’ils iraient de bar en bar, sortiraient danser, ne rentreraient pas avant le petit matin, comme ils l’avaient fait tant de fois par le passé. Mais ils n’avaient plus dix-neuf ans. Elle prit le métro avec Trudy et Luce, qu’elle reverrait le lendemain pour un dîner. Liz viendrait peut être. Ben avait dit qu’il ferait de son mieux pour se libérer du temps. Rami était resté silencieux. Maja lui avait fait la bise en espérant ne plus jamais le revoir.

Lorsqu’elle arriva à sa station, elle ne rentra pas tout de suite chez elle. Au lieu de cela, elle s’assit sur un banc dans un petit square.

Peut être était-il temps de retourner en Pologne, pensa-t-elle, tourner la page sur Paris. Un de ses anciens professeurs lui avait offert un poste pour enseigner à l’université, qu’elle avait refusé sans même y réfléchir. A l’époque, cela lui avait paru absurde. Pourquoi rentrer ? Pourquoi repartir en arrière ? Puis, elle avait été sélectionnée pour ce nouveau travail et elle avait cru que son rêve parisien allait vraiment commencer, qu’elle pourrait enfin déménager dans un studio où elle pourrait ouvrir son réfrigérateur même quand le lit était déplié. L’espoir avait vite laissé la place à la déception. Ce n’était toujours pas le travail de ses rêves. Parfois, elle se sentait si incapable qu’elle allait se cacher aux toilettes pour pleurer. Parfois, elle se sentait si seule dans sa minuscule chambre de bonne qu’elle avalait trois somnifères pour s’échapper.

Elle pourrait peut être demander quelques jours. Sa chef ne serait pas heureuse, mais elle sentait qu’elle en avait besoin. Besoin de prendre de la distance, besoin d’avancer, besoin de fuir la mélancolie qui hantait les rues de Paris.

Autour d’elle, la nuit portait déjà le parfum de l’été. L’arbre au pied duquel elle était installée était couvert de jeunes feuilles. Plus loin sur sa gauche, l’éclat des voix d’un groupe d’étudiants résonna pendant un bref instant alors qu’ils traversaient la rue. Son cœur se serra. L’envie et la nostalgie lui firent ressentir tout le poids de ses regrets. Que faisait-elle encore là ? Qu’attendait-elle exactement ?

En quittant le square, elle laissa derrière elle cette partie de sa vie pétrie d’insouciance, de jeunesse tempétueuse et invariablement optimiste. En montant les étages jusqu’à sa chambre, elle fit le deuil de ces années heureuses mais souvent marquées par le doute, par la déception. Elle déverrouilla sa porte et eut l’impression d’être une coquille vide en entrant dans sa chambre. Oui, il était plus que temps de laisser derrière elle l’espoir de retrouver le temps passé. Elle lui avait déjà dit adieu en souhaitant ne pas le revoir.

Son miroir lui renvoya l’image d’une femme aux yeux hagards. Les dernières traces de son rouge à lèvre faisaient ressortir son teint trop pâle. Ses épaules étaient voûtées, ses cheveux ternes dans la pénombre.

Elle ne cessait de repenser aux enfants de Rami. Il lui avait montré la photo de trois garçons aux cheveux sombres et aux yeux pétillants. Il avait fait défiler et le portrait de sa femme était apparu. Brune, radieuse, entourée de ses fils, elle ne lui ressemblait en rien. Maja avait souri, avait posé toutes les bonnes questions, avait poussé alternativement des exclamations de surprise et d’admiration. Seule dans sa chambre remplie de vide, le souvenir de ce moment pesa sur son cœur comme une enclume.

Elle se détourna de son reflet. Qu’y avait-il en Pologne pour elle ? Ce poste à l’université pourrait être intéressant mais elle n’était pas sûre de vouloir enseigner. Où vivrait-elle ? Chez ses parents ? Elle pouvait déjà imaginer leurs sourcils levés, leurs  yeux qui diraient « je te l’avais bien dit que c’était une mauvaise idée, que tu n’y arriverais pas ». Peut-être auraient-ils raison. Elle vivait à Paris, oui, mais qu’y avait-elle vraiment gagné ? Combien avait-elle perdu, surtout ?

Tant de possibilités manquées, d’opportunités gaspillées, tout cela pour entretenir la flamme d’un souvenir.

Comment en était-elle arrivée là ? Comment avait-elle pu passer dix ans à ne construire que du vide ? Elle s’allongea, s’enfonça dans son oreiller, laissa le silence l’envelopper. L’amour de sa babcia lui manqua tant qu’elle se sentit suffoquée. Ce soir-là plus que tout autre, Maja aurait aimé se trouver à ses côtés.

Lassée de contempler ses échecs, fatiguée de les ressasser, incapable d’effacer l’image de Rami et de sa famille, Maja avala quelques comprimés et s’endormit enfin.

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