All Hallow’s Eve

J’ai travaillé dans une école de langue au Brésil où, lorsque Halloween approchait, il était habituel de décorer les salles et de préparer des cours thématiques. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque des parents vinrent se plaindre qu’une fête païenne célébrant le diable, et donc le mal, soit ainsi mise en avant.

Opinion ou ignorance ?

J’aurais tendance à pencher vers la seconde option, aussi avais-je envie de m’attarder sur la signification de cette fête dans différentes cultures et sur ce qu’elle nous dit sur leurs manières de percevoir la mort. Alors faisons péter les Requiem dans la sono et allons-y.

 

Chez les catholiques, deux dates, la fête de tous les saints le 1er novembre et le lendemain, le jour des défunts, où des messes sont célébrées pour ceux qui nous ont quittés pendant l’année. La Toussaint est, comme son nom l’indique, un moment pour communier avec les saints, se sentir inspiré par leurs vies, penser la Résurrection, le sacrifice de Jésus, vainqueur de la mort.

Chez les Celtes, la vision de cette fête est un peu différente. Son nom, déjà, Samhain, signifie la fin de l’été. Cette date de transition entre deux saisons marque l’entrée dans la nouvelle année et dans le temps noir, où les journées se font plus courtes, la terre moins fertile, les jours froids.

 


Dans la mythologie grecque, le retour des mois froids correspond au retour de Perséphone aux enfers. Enlevée par Hadès qui ne put résister à sa beauté, il finit par conclure un pacte avec Démeter, la mère de Perséphone, dévastée par la disparition de sa fille. Perséphone finit donc par passer la moitié de l’année sur terre avec elle, c’est le bonheur, il fait beau, les oiseaux chantent, puis l’autre moitié au royaume souterrain, tristesse, misère, malheur, la terre se meurt.

Prenons une seconde pour apprécier à quel point les dieux grecs étaient des gros c*ns.

– Dis donc bébé, t’es plutôt bien gaulée, si je t’emmène dans ma caverne, tu veux bien me montrer la tienne ?
– Non merci tonton, je suis très bien ici à cueillir des fleurs sur ma belle île en Sicile.
– En fait c’était pas une question. Chez moi c’est tout gris, y’a des âmes damnées et un chien à trois têtes, qui bave assez pour alimenter le Styx tout entier. Tu vas kiffer.
– …
– Tu vois, t’es mieux quand tu la fermes. Allez, si tu veux, je te laisserai cueillir ma fleur. Il paraît que sa tige est au sycomore ce que son nectar est à l’ambroisie.
– …
– Quoi ? La poésie, le jardinage, je pensais que c’était ton truc. Allons-y maintenant, j’ai pas envie de parler à ta mère, la connaissant, elle va en faire tout un drame.


 

Pour en revenir à nos amis celtes, Samhain est un moment où le rideau qui sépare le monde des vivants de celui des morts devient perméable. Les défunts viennent rendre visite (coucou papi !), alors il est bien vu de laisser la porte ouverte et de prévoir un couvert en plus à table.
Pour se plonger dans l’ambiance mystique de l’Irlande des contes, rien de plus efficace qu’un bon livre de Juliet Marillier, de sa série Sevenwaters. Le premier, Daughter of the forest, reprend la légende des six cygnes et nous transporte tout bonnement dans un autre univers.

De la même manière, qu’y a-t-il de mieux qu’un livre d’Isabel Allende pour retrouver le côté à mes yeux mystérieux et toujours un peu surnaturel de l’Amérique Latine ? J’ai eu un coup de cœur tout particulier pour La Isla Bajo El Mar, poétique, tragique, magnifique.

Restons d’ailleurs sur ce continent, et plus particulièrement au Mexique, où la fête des morts reste jusqu’à aujourd’hui une date spéciale dans le calendrier. Elle a été popularisée au niveau international grâce aux maquillages et déguisements des calaveras, à l’imagerie joyeuse et colorée, mais aussi grâce au dessin animé de Disney, Coco.

Comme son nom l’indique, la fête des morts est une occasion assez joyeuse. On prend le temps de se rappeler de ses morts, de préparer des plats ou des boissons qu’ils appréciaient, de se rendre au cimetière pour entretenir la tombe et y passer une soirée pour leur dire qu’ils sont toujours aimés.


Le mot cimetière vient du grec ancien koimeterion et désigne un lieu pour dormir.


 

Les Aztèques célébraient déjà cette fête, qui durait même un mois tout entier. Elle avait à l’origine lieu vers août, mais la date fut modifiée pour qu’elle corresponde à celle de la Toussaint. Ah la colonisation ! La belle époque de respect et d’ouverture d’esprit.

En Amérique aztèque, la vision de la mort est relativement positive. Bien sûr, c’est un moment de tristesse. On se languit de ceux qui sont partis, on se rappelle les moments partagés. Mais pas de peur comme dans la religion catholique, dans laquelle la mort est le grand ennemi, la résurrection la promesse.

Il est d’ailleurs intéressant de voir la réflexion autour de ce sujet dans Harry Potter. La mort terrorise le grand méchant Voldemort, qui cherche par tous les moyens à s’en prévenir, mais (attention spoiler) celui qui finit par la vaincre, c’est le héro, qui l’accueille comme une vieille amie et qui, par son sacrifice, a protégé ceux qu’il aimait. Voilà qui rappelle un peu l’histoire d’un barbu sympathique et bien connu, non ?

 

Is Harry Potter the Jesus of a New Generation? sur VICE.

A noter, un article qui m’a doucement fait sourire et un autre qui explique la Toussaint

Aussi, en espagnol, un article qui raconte l’histoire de la fête des morts

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