J’ai écrit un roman

C’était un rêve de petite fille, une ébauche rangée dans un dossier, une idée dans un tiroir. C’était ce qui refaisait surface chaque fois que je me trouvais avec trop de temps sur les mains.

Une période de chômage en août 2017 fut le moment parfait pour m’y replonger. Je consultais des offres le matin, envoyais des candidatures et vite, vite, ouvrais le document dans lequel l’idée grandissait. J’en avais déjà écrit une première version à l’âge de 15 ans, sans aucun plan précis, sans finesse particulière. J’écrivais alors pour le simple plaisir de le faire.

En relisant cette première ébauche plusieurs années plus tard, en cette fin d’été 2017, je me cachai le visage dans les mains. Les personnages n’avaient aucune profondeur, les dialogues étaient à se taper la tête sur le clavier et certaines scènes me firent lever les yeux au ciel si fort que j’en eu presque des crampes. Il n’y avait presque rien de bon à garder, à part le cœur de l’histoire : une planète, quelques lieux, des peuples intéressants et trois personnages principaux, qui n’avaient jamais cessé de me hanter.

Je l’ai repris, retravaillé, tout recommencé à zéro. Au début, j’écrivais sans aucune rigueur, quelques pages par ci, une dizaine parfois, puis plus rien pendant des jours. Le déroulé était déjà bien net dans mon esprit mais le coucher sur le papier prenait bien plus de temps que je ne l’aurais pensé. Surtout, je commençais à m’interroger : et si je me laissais le temps de le terminer ? Et si je me consacrais un peu à ce projet, à un de mes plus grands rêves ?

« Rêver » est un mot dont le sens a grandement évolué. Autrefois utilisé pour désigner l’égarement voire la folie (« vagabonder » partage la même racine), il est aujourd’hui commun de lui donner le sens d’un songe, mais aussi celui de la représentation de ce que l’on souhaite accomplir.

Quelqu’un m’avait un jour recommandé de faire une liste de mes rêves. Une liste de toutes ces envies, des plus petites aux plus grandes :
– vivre près de l’océan ;
– apprendre à jouer du piano ;
– et à dessiner ;
– habiter aux quatre coins du monde ;
– avoir un travail qui a du sens ; …

Et dans cette liste, figurait bien sûr « écrire un roman », rayé et remplacé par « écrire au moins une trilogie ». Alors, quand j’ouvrais les sites d’emplois et que je lisais les descriptifs des postes, ou lorsque je parlais avec des professionnels au cours d’entretiens, souvent, je grimaçais.

« Que pensez-vous de l’idée d’écrire des rapports très longs, d’un haut niveau scientifique, qui risquent de ne jamais être lus ? »
« Est-ce que l’idée de faire de longues journées vous fait peur ? » « Et de travailler ponctuellement le weekend ? »
« Le salaire est le SMIC, avec une augmentation possible dans quelques années mais cela dépendra de la situation économique. »
« Ne vous attendez pas à beaucoup de travail de terrain, vous allez surtout être derrière votre ordinateur. »

Mais quitte à rester derrière un ordinateur, ne serait-ce pas mieux de passer mon temps à écrire mon roman ? Si j’acceptais un tel job, aurais-je l’énergie, le soir et le weekend, de continuer à le faire grandir ?

Prendre la décision de mettre de côté une carrière plus traditionnelle pour me consacrer à ce projet fut la partie la plus difficile du processus de rédaction. La décision fut même prise à demi mot. Je ne me la suis avouée que plusieurs mois après avoir choisi un travail dans une boutique, pas tout à fait en lien avec le reste de mon parcours, mais qui me permettrait d’être rémunérée et me laisserait du temps pour écrire.

C’était difficile de l’admettre, d’en parler à voix haute. Ecrire est un exercice intime. Il faut aller chercher au plus profond de soi-même des rêves, des idées, puis leur donner vie, révéler notre richesse intérieure et l’exposer au jugement. Plus encore, chercher à réaliser un rêve, c’est risquer l’échec. C’est prendre un projet qui nous est cher, en parler, faire de son mieux pour le concrétiser. C’est du temps investi, un pari sur l’avenir, une estime mise à mal si tout ne fonctionne pas comme on l’espérait. C’est afficher une ambition, affronter le regard des autres et continuer malgré les courants contraires.

Alors, je prends le risque. Malgré la peur, le doute, les remises en question. Et bientôt, j’espère, je pourrai en partager le résultat.

 

 

Au sujet du rêve et de son caractère prophétique : une analyse intéressante d’Anne Carrols.

 

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