Une nuit à la belle étoile

Un peu de contexte : pendant mon master, j’ai passé un semestre au Brésil. Au cours d’un voyage d’étude, j’ai eu la chance d’arpenter avec mes camarades les routes de l’état du Mato Grosso do Sul, qui nous ont menées jusqu’au Pantanal, superbe réserve naturelle où nous avons passé une nuit dans un village indigène. Comme tout voyage qui se respecte, j’y ai vécu des moments merveilleux, improbables et parfois vaguement traumatisants.
Ce qui suit est l’histoire vraie et un peu réarrangée d’une nuit mémorable, mais vue à travers deux filtres : un fleur bleue et un où rien ne va. C’est la transcription de l’idée du verre à moitié plein, à moitié vide, pour mettre le doigt sur l’importance du regard que l’on porte sur notre vie et sur la manière dont on la présente.

 

La version fleur bleue

Pour arriver jusqu’au village, nous avons roulé pendant des heures sur une route en terre. Entourés de forêt, de plaines et de marécages, je ne pouvais que m’émerveiller de la richesse de la faune et de la flore locale. Arbres centenaires, araras, grands perroquets aux plumes chamarrées, tuyuyus, nobles oiseaux blancs aux longs cous…

Le soir, après avoir monté notre campement un peu à l’écart du village, nous sommes partis faire un tour dans la forêt. Il faisait nuit noire. La lune donnait aux contours de ce qui nous entourait une lueur argentée et l’éclat des étoiles était sans pareil. Si loin de la ville, le ciel était libre de dévoiler ses plus beaux atours et les insectes chantaient la beauté du monde sauvage.

Au cours de la promenade, nous nous sommes arrêtés devant une clairière où des centaines de lucioles volaient autour des herbes folles. C’était si beau que j’en avais envie de déclamer de la poésie, de prononcer des mots qui feraient justice au spectacle unique d’une clairière baignée par la lumière froide de la nuit et illuminée par des insectes qui brillaient comme des étoiles. C’était un petit morceau de paradis au milieu de nulle part, un moment fugace qui méritait pourtant de durer éternellement.
– Putain, ce que c’est beau, dis-je alors, la larme à l’œil.
Si un ange avait baissé les yeux, il aurait été ému.

Plus tard, de retour au campement, je contemplai les cieux et me sentis privilégiée. Vraiment privilégiée. J’avais conscience de vivre un rêve, un moment unique qui resterait gravé dans ma mémoire. Isolée au fin fond de la forêt, j’avais l’impression de faire partie d’un tout, d’appartenir au monde, de ressentir ce qu’était la vie.

 

La version catastrophiste

Nous nous sommes couchés dans la cacophonie ambiante, sur des matelas gonflables qui faisaient du bruit dès que quelqu’un se retournait. Nous avions passé la journée dans le bus, à cahoter sur des routes inégales et nous nous étions enlisés dans la boue tant et si bien qu’il avait fallu creuser et mettre des planches sous les roues pour que le bus réussisse à repartir.

Perdus comme nous l’étions au milieu d’une des plus grandes zones humides du monde, l’espèce dominante ce n’était pas l’homme, mais bien le moustique. Tandis que je m’aspergeais de spray répulsif, notre guide vint nous voir :
– Faites attention, on m’a dit qu’il y avait un caïman pas loin, dit-il. Si vous le voyez, surtout ne faites pas de gestes brusques. Allez, bonne nuit.

C’est donc l’esprit paisible que nous sommes allés nous coucher. Finalement, nous n’avons pas vu ledit caïman, mais le matin quand je me suis réveillée, il y avait un crapaud avec moi sur le matelas et des traces de pattes qui signifiaient clairement qu’un chien errant m’avait marché dessus pendant la nuit.

J’avais fini par dormir avec une couverture sur la tête pour me protéger du battement d’aile intempestif d’insectes buveurs de sang et de tous leurs amis, attirés par la chaleur et l’immobilité. Qu’elle est belle la faune locale. Si abondante. Un bonheur sans pareil.

2 commentaires sur “Une nuit à la belle étoile

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